La Nouvelle-Calédonie est une société plurielle, façonnée par la rencontre de plusieurs communautés. Le peuple kanak, autochtone et mélanésien, y côtoie des Calédoniens d'origine européenne (Caldoches et Métros), des Wallisiens et Futuniens, des communautés venues d'Asie et du Pacifique, ainsi qu'une part croissante d'habitants qui se déclarent simplement « calédoniens ». Tour d'horizon de ces communautés d'appartenance et de leur poids approximatif dans la population.
Les communautés de Nouvelle-Calédonie en bref : qui sont-elles ?
Depuis le recensement, l'institut de la statistique (ISEE) interroge les habitants sur leur « communauté d'appartenance ». C'est une déclaration personnelle, et non une catégorie imposée : chacun peut se reconnaître dans un ou plusieurs groupes, ou refuser de se prononcer. Cette approche explique pourquoi les chiffres restent des ordres de grandeur, et pourquoi une part importante de la population choisit désormais de se dire « calédonienne » plutôt que de cocher une seule case.
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux groupes ethniques de Nouvelle-Calédonie et leur poids indicatif, en fourchettes prudentes attribuées au recensement de 2019 (ISEE). Les totaux ne s'additionnent pas parfaitement, car certaines personnes se déclarent de plusieurs communautés.
| Communauté d'appartenance | Poids approximatif |
|---|---|
| Kanak (peuple autochtone mélanésien) | de l'ordre de 40 % |
| Européens (Caldoches et Métros) | environ 24 % |
| Wallisiens et Futuniens | près de 8 à 9 % |
| Autres communautés du Pacifique (Tahitiens, Ni-Vanuatu…) | de l'ordre de 4 % |
| Communautés asiatiques (Indonésiens, Vietnamiens, Chinois) | de l'ordre de 3 à 4 % |
| Se déclarant « calédonien » ou de plusieurs communautés | part croissante, plus de 10 % |
Fourchettes indicatives d'après le recensement 2019 (ISEE), fondées sur une déclaration d'appartenance. Chiffres à vérifier auprès des sources officielles, susceptibles d'évoluer selon les recensements.
Les Kanak, peuple autochtone mélanésien
Les Kanak sont le peuple autochtone de l'archipel. D'origine mélanésienne, ils occupent la Grande Terre et les îles depuis plusieurs milliers d'années, bien avant l'arrivée des Européens au XIXe siècle. Ils forment aujourd'hui la communauté la plus nombreuse, autour de 40 % de la population selon le recensement de 2019. Le mot « Kanak », longtemps déformé et péjoratif à l'époque coloniale, a été réapproprié et revendiqué comme un nom de fierté à partir des années 1970.
La société kanak s'organise autour du clan, de la tribu et de la chefferie, réparties en huit aires coutumières qui couvrent la Grande Terre et les îles. On dénombre plusieurs centaines de tribus, unités socio-coutumières regroupant des clans autour d'un chef. La vie sociale y reste rythmée par la coutume kanak et le statut civil coutumier, qui régit notamment la terre, la parenté et les alliances entre clans.
La diversité kanak est aussi linguistique : l'archipel compte une trentaine de langues kanakvivantes, comme le drehu, le nengone, le paicî ou l'ajië. Cette pluralité de langues et de coutumes rappelle qu'il n'existe pas une seule culture kanak, mais un ensemble de sociétés apparentées, chacune ancrée dans son territoire.
Les Européens : Caldoches et Métros (Zoreils)

Les Calédoniens d'origine européenne représentent environ un quart de la population. On distingue souvent deux réalités très différentes. Les Caldochessont des Européens installés de longue date, souvent descendants de colons libres, de bagnards ou de fonctionnaires arrivés au XIXe siècle. Beaucoup vivent dans la brousse, autour de l'élevage et de l'exploitation minière, et se sentent pleinement enracinés dans le pays. Le terme reste toutefois connoté et n'est pas revendiqué par tous.
Une partie de cette histoire remonte au bagne de l'Île Nou et de Prony, qui a marqué le peuplement européen de la Grande Terre. À côté de ces familles installées, les Métros (pour « métropolitains »), aussi surnommés Zoreils, sont des personnes venues de France métropolitaine, souvent pour un séjour temporaire : fonctionnaires en mutation, militaires, salariés en contrat. Selon le contexte, « Métro » et « Zoreille » peuvent être neutres ou moqueurs.
La distinction est importante à comprendre : un Caldoche de la cinquième génération et un Métro arrivé pour trois ans ne partagent ni le même rapport au territoire, ni la même place dans les débats sur l'avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie.
Wallisiens, Futuniens et communautés du Pacifique
La troisième communauté la plus nombreuse est celle des Wallisiens et Futuniens, autour de 8 à 9 % de la population. Originaires des îles de Wallis-et-Futuna, ils sont arrivés surtout à partir du milieu du XXe siècle, attirés par le travail dans les mines de nickel, le bâtiment et les services. Aujourd'hui, on compterait davantage de personnes d'origine wallisienne et futunienne en Nouvelle-Calédonie que dans leur archipel d'origine, ce qui témoigne de l'ampleur de cette migration.
Cette communauté, très présente dans le Grand Nouméa, a conservé une organisation coutumière propre, avec ses chefferies et ses rois traditionnels. Elle apporte à la société calédonienne ses fêtes, sa musique et sa cuisine, tout en composant avec la coutume kanak sur des terres qui ne sont pas les siennes.
D'autres communautés du Pacifique complètent ce tableau : des Tahitiens et Polynésiens, ainsi que des Ni-Vanuatu, venus de l'archipel voisin. Chacune reste minoritaire, mais participe au caractère résolument océanien de la Nouvelle-Calédonie, au carrefour de la Mélanésie et de la Polynésie.
Les communautés asiatiques : Indonésiens, Vietnamiens, Chinois
Les communautés asiatiques de Nouvelle-Calédonie trouvent en grande partie leur origine dans l'engagement sous contrat, pratiqué à l'époque coloniale. Pour faire tourner les mines de nickel et les plantations, l'administration a fait venir des travailleurs sous contrat, notamment d'Indonésie (surtout de Java), du Vietnam (les « Tonkinois ») et de Chine. Beaucoup sont restés une fois leur contrat terminé et ont fondé des familles sur place.
La communauté indonésienne est aujourd'hui la plus importante d'entre elles, suivie de la communauté vietnamienne, très présente dans le commerce et la restauration, et d'une communauté chinoise plus ancienne. Ces groupes ont façonné une partie du paysage commercial et culinaire de Nouméa, du nem au bami en passant par les petits commerces de quartier.
Prises ensemble, ces communautés restent minoritaires, de l'ordre de quelques pour cent selon les sources. Mais leur histoire, liée à celle du nickel et de la main-d'œuvre importée, fait partie intégrante du récit calédonien et rappelle que la diversité du territoire ne se résume pas à l'opposition entre Kanak et Européens.
Métissage et identité « calédonienne » : un vivre-ensemble en construction

À force de vivre côte à côte, ces communautés se sont mélangées. Le métissageest une réalité forte de la société calédonienne : familles issues de plusieurs origines, mariages entre communautés, transmission de plusieurs cultures à la fois. C'est ce qui explique la place grandissante des habitants qui, au recensement, refusent de choisir et se déclarent tout simplement « calédoniens » ou de plusieurs communautés.
Cette identité commune reste toutefois en construction. La reconnaissance de la culture kanak a été un tournant : le festival Mélanésia 2000, en 1975, a affirmé publiquement la fierté kanak, tandis que le centre culturel Tjibaou incarne aujourd'hui cette valorisation. Sur le plan politique, l'Accord de Nouméaa posé l'idée d'un « destin commun » et d'une citoyenneté calédonienne partagée.
Le vivre-ensemble n'efface pas les tensions, notamment autour de la question de l'indépendance et de la place de chaque communauté dans les institutions. Mais la trajectoire est celle d'une société qui cherche, depuis plusieurs décennies, à conjuguer reconnaissance du peuple premier et diversité de ses habitants.
Répartition des communautés selon les provinces
La géographie des communautés n'est pas uniforme. La Nouvelle-Calédonie est découpée en trois provinces, et chacune a une composition très différente. La Province Sud, qui concentre Nouméa et le Grand Nouméa, est la plus peuplée et la plus mélangée : on y trouve la majeure partie des Européens, des Wallisiens et Futuniens et des communautés asiatiques, aux côtés d'une importante population kanak urbaine.
À l'inverse, la Province Nord et la Province des Îles Loyautésont très majoritairement kanak. Les Îles Loyauté (Lifou, Maré, Ouvéa) sont même presque exclusivement peuplées de Kanak, avec une forte présence de la coutume et des tribus. Cette répartition géographique recoupe en partie les clivages politiques, la Province Sud étant historiquement plus favorable au maintien dans la France, le Nord et les Îles plus favorables à l'indépendance.
Comprendre cette carte des communautés aide à saisir les débats sur la citoyenneté et les listes électorales, qui touchent directement à la question de savoir qui peut voter, et donc de la place reconnue à chaque communauté dans l'avenir du pays.
Les pourcentages cités sont des ordres de grandeur d'après le recensement 2019 (ISEE), fondés sur une déclaration d'appartenance. Ils sont donnés à titre indicatif et sont à vérifier auprès des sources officielles.
Communautés de Nouvelle-Calédonie : questions fréquentes
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