Le Girardin industriel en Nouvelle-Calédonie est un dispositif de défiscalisation outre-mer qui permet à un contribuable métropolitain de réduire son impôt sur le revenu en finançant du matériel productif exploité sur le territoire.
Sa particularité calédonienne tient à une possible double défiscalisation, nationale et locale, et à un montage strictement encadré (société de portage, location d'au moins cinq ans, article 199 undecies B). Voici comment il fonctionne, qui peut investir, à quels taux et surtout à quels risques.
Si vous cherchez d'abord à qui confier le dossier, notre page sur les monteurs Girardin présents en Nouvelle-Calédonie liste les opérateurs vérifiables au registre local et les questions à leur poser.
Girardin industriel en Nouvelle-Calédonie : l'essentiel en bref
La loi Girardin industriel est un outil de défiscalisation outre-mer pensé pour soutenir l'investissement productif dans les territoires ultramarins, dont la Nouvelle-Calédonie.
Le principe est simple à énoncer : vous apportez des fonds à une opération qui finance du matériel neuf exploité localement, et vous récupérez, l'année suivante, une réduction d'impôt sur le revenu. C'est un placement de niche, à l'espérance de gain calibrée, mais qui n'a rien d'anodin sur le plan du risque.
- Base légale : article 199 undecies B du code général des impôts.
- Réduction « one-shot » : un avantage fiscal unique, imputé l'année qui suit l'investissement, sans revenus locatifs à déclarer ensuite.
- Double défiscalisation calédonienne : selon les projets, le dispositif national peut se combiner à une aide locale de la Nouvelle-Calédonie.
- Durée clé : le matériel doit être exploité au moins cinq ans par l'entreprise locataire.
- Deux régimes : de plein droit sous un certain seuil, avec agrément fiscal au-delà.
Ce dispositif s'adresse d'abord à des contribuables métropolitains fortement imposés, mais il a aussi un intérêt direct pour l'entreprise calédonienne exploitante, qui accède à un matériel à moindre coût.
Le plafond de niches fiscales applicable est de 18 000 € au lieu de 10 000 € pour un foyer investissant outre-mer, ce qui conditionne le dimensionnement de toute opération. Pour situer l'avantage dans votre situation, un point sur votre imposition sur le revenu reste le préalable indispensable.
Comment fonctionne le montage Girardin industriel (portage, location 5 ans, article 199 undecies B)
Le montage repose sur une société de portage, le plus souvent une SAS ou une SNC constituée par un monteur spécialisé.
Concrètement, l'investisseur souscrit au capital de cette structure, qui achète un bien d'équipement neuf (engins de chantier, matériel industriel, véhicules utilitaires, outillage professionnel) et le donne aussitôt en location à une entreprise exploitante installée en Nouvelle-Calédonie.
C'est cette chaîne, apporteur de capitaux puis porteur puis exploitant, qui déclenche l'avantage fiscal prévu par l'article 199 undecies B du CGI.
La contrepartie tient en une obligation d'exploitation : le matériel doit rester affecté à l'activité productive et loué à l'entreprise calédonienne pendant une durée minimale, en principe cinq ans.
Au terme de cette période, le bien est généralement cédé à l'exploitant pour une valeur symbolique, ce qui explique pourquoi l'investisseur ne perçoit pas de loyers ni de plus-value : son gain réside uniquement dans la réduction d'impôt, d'où l'expression réduction d'impôt « one-shot ». On est donc loin d'un placement de rendement classique.
Le rôle du monteur est central. C'est lui qui sélectionne les exploitants, structure la société de portage, rédige la documentation réglementaire et, le cas échéant, sollicite l'agrément fiscal. La qualité de ce travail conditionne à la fois l'éligibilité de l'opération et sa solidité juridique.
Nous détaillons les différences avec l'autre grand volet du dispositif dans notre comparatif du Girardin logement social en Nouvelle-Calédonie.
La double défiscalisation calédonienne : dispositif national + aide locale de la Nouvelle-Calédonie
C'est la spécificité qui distingue la Nouvelle-Calédonie de la plupart des autres territoires. Collectivité à statut particulier, elle dispose de sa propre fiscalité, distincte de celle de la métropole, avec son propre impôt sur le revenu, sa taxe générale sur la consommation (TGC) et son impôt sur les sociétés.
Cette autonomie fiscale ouvre la voie à une défiscalisation locale calédonienne qui peut, dans certains montages, se cumuler avec le dispositif national.
En pratique, la double défiscalisation en Nouvelle-Calédonie combine deux leviers : l'avantage national de l'article 199 undecies B côté métropole, et un mécanisme de soutien local à l'investissement productif côté calédonien.
Cet empilement renforce l'effet de levier de l'opération et améliore, en théorie, l'équation pour l'exploitant comme pour l'apporteur.
Mais les conditions de cumul, les secteurs concernés et les plafonds locaux relèvent de règles propres au territoire : elles ne s'improvisent pas et supposent un montage taillé sur mesure, validé par un opérateur qui connaît la fiscalité calédonienne.
Récap : la double défiscalisation NC
Double défiscalisation NC = dispositif national (article 199 undecies B, réduction d'impôt sur le revenu métropolitain) + aide locale calédonienne (soutien à l'investissement productif propre à la Nouvelle-Calédonie).
Les deux volets répondent à des règles différentes ; leur cumul dépend du projet et se vérifie au cas par cas.
Qui peut investir : éligibilité, secteurs concernés et agrément fiscal
Côté investisseur, le Girardin industriel vise les foyers dont l'impôt sur le revenu est suffisamment élevé pour absorber la réduction : l'avantage n'a d'intérêt que si vous avez de l'impôt à effacer. Côté projet, tous les biens ne sont pas éligibles.
Le matériel doit être neuf, affecté à une activité productive éligible et exploité en Nouvelle-Calédonie sur la durée requise.
Les secteurs concernés couvrent classiquement l'industrie, le bâtiment et les travaux publics, le transport, l'artisanat, l'agriculture ou encore certaines activités de services, sous réserve des exclusions prévues par les textes.
La ligne de partage la plus structurante oppose le Girardin industriel de plein droit et le Girardin avec agrément fiscal.
En dessous d'un seuil d'investissement par programme (de l'ordre de plusieurs centaines de milliers d'euros, à vérifier chaque année), l'opération se réalise de plein droit, sans autorisation préalable de l'administration.
Au-delà de ce seuil, ou pour certains secteurs sensibles, un agrément fiscal délivré par l'administration devient obligatoire : il encadre le projet, en vérifie la réalité économique et apporte une sécurité supplémentaire, sans pour autant supprimer tous les risques.
| Critère | De plein droit | Avec agrément fiscal |
|---|---|---|
| Seuil d'investissement | Sous un seuil par programme (de l'ordre de plusieurs centaines de milliers d'euros, à vérifier) | Au-delà de ce seuil |
| Autorisation préalable | Aucune autorisation de l'administration | Agrément fiscal préalable obligatoire |
| Secteurs concernés | Secteurs éligibles de droit commun (industrie, BTP, transport, artisanat) | Mêmes secteurs, examen renforcé ; certains secteurs sensibles imposent l'agrément quel que soit le montant |
| Niveau de rétrocession | Taux minimal de rétrocession fixé par la loi (à vérifier) | Taux de rétrocession en principe plus élevé |
| Type de projet | Petits et moyens matériels, opérations souvent mutualisées | Projets de plus grande ampleur, plus structurants |
Le choix entre les deux régimes n'est pas seulement une affaire de montant : il oriente le niveau de garanties, le profil de risque et la nature des projets accessibles.
Pour arbitrer entre les différentes formules du dispositif, notre page dédiée permet de comparer les Girardin en Nouvelle-Calédonie selon votre objectif.
Taux de réduction d'impôt, plafond des niches et rétrocession

L'avantage prend la forme d'une réduction d'impôt sur le revenu calculée sur la base éligible de l'investissement, à un taux fixé par la loi de finances et modulé selon le régime (de plein droit ou avec agrément).
L'objectif recherché, dans la plupart des programmes, est que l'économie d'impôt dépasse légèrement le montant apporté, l'année suivant l'investissement.
Le ratio exact se lit sur la simulation du monteur, mais la loi en fixe le plafond, et ce plafond n'est pas négociable.
La rétrocession est la pièce centrale de l'équilibre. Le bailleur doit reverser à l'exploitant calédonien une part de la réduction d'impôt, sous forme de loyer et de prix de cession diminués.
| Situation de l'investissement | Part qui revient à l'exploitant | Part qui reste à l'investisseur |
|---|---|---|
| Programme inférieur à 300 000 € par exploitant | 56 % au minimum | 44 % au maximum |
| Programme égal ou supérieur à 300 000 € | 66 % au minimum | 34 % au maximum |
| Montage locatif porté par une société à l'IS, ou soumis à agrément | 66 % au minimum | 34 % au maximum |
Le seuil de 300 000 € s'apprécie au niveau de l'exploitant calédonien, tous financements confondus, pas au niveau de votre apport. Un même exploitant qui cumule plusieurs programmes bascule donc à 66 % sans que vous y soyez pour quoi que ce soit.
Ces taux sont ceux de l'article 199 undecies B du code général des impôts, commentés au BOI-BIC-RICI-20-10-10-10. Une opération qui vous promet davantage que 44 % de la réduction d'impôt sur un petit programme sort du cadre légal.
C'est ce qui distingue le Girardin d'une pure optimisation fiscale : le dispositif finance réellement l'économie ultramarine, et le gain de l'investisseur correspond à la fraction de l'avantage qui n'est pas rétrocédée.
Enfin, le Girardin entre dans le plafond des niches fiscales, mais pas au plafond ordinaire.
Pour l'imposition 2026 des revenus 2025, le total des avantages fiscaux d'un foyer est limité à 10 000 €, porté à 18 000 € dès lors qu'il a réalisé des investissements outre-mer. Le plafond est le même pour tous les foyers, seul ou en couple, avec ou sans personne à charge.
Le montant retenu au titre du plafond tient compte de la rétrocession, la part de l'avantage rétrocédée à l'exploitant calédonien.
C'est ce mécanisme qui permet d'engager une réduction d'impôt nominale supérieure au plafond apparent, et c'est aussi ce qui rend le calcul opaque pour un particulier : demandez toujours le montant de réduction retenu après rétrocession, pas le montant brut affiché.
Risques du Girardin industriel et précautions avant de s'engager
Le Girardin industriel n'est pas un placement sans danger, et l'Autorité des marchés financiers appelle régulièrement à la prudence sur ce type d'opération.
Le premier risque est la reprise de l'avantage fiscal : si les conditions ne sont pas respectées, en particulier l'exploitation effective du matériel pendant au moins cinq ans par l'entreprise locataire, l'administration peut annuler la réduction et réclamer l'impôt initialement dû, majoré des intérêts et pénalités.
Une défaillance de l'exploitant calédonien, un arrêt d'activité ou une revente prématurée du bien peuvent ainsi remettre en cause tout le bénéfice.
S'ajoutent les risques liés à la solidité du monteur : documentation défaillante, sélection hasardeuse des exploitants ou difficultés financières de la structure de portage.
D'où quelques précautions à ne pas sauter : privilégier un opérateur solide et expérimenté, exiger une clause de bonne fin fiscale qui prend en charge le risque de requalification, vérifier la réalité et la diversification des exploitants, et lire attentivement la documentation avant de signer.
En cas de doute, un avis fiscal indépendant est un investissement utile au regard des montants en jeu.
Vérifier son monteur : trois minutes sur un registre public
Le montage repose entièrement sur le sérieux de la société de portage. Or n'importe qui peut ouvrir un site, afficher un agrément et annoncer des années d'expérience. La vérification, elle, est gratuite et publique.
Le SIREN de la société figure obligatoirement dans ses mentions légales. Reportez-le sur annuaire-entreprises.data.gouv.fr, l'annuaire officiel des entreprises. Vous y lisez en clair la date de création, la forme juridique, l'effectif déclaré et l'état administratif.
Le décalage qui doit vous arrêter
Comparez la date de création du registre avec l'ancienneté affichée sur le site. Nous avons relevé, en septembre 2026, un opérateur Girardin annonçant « opérateur agréé depuis 10 ans » alors que sa société avait été immatriculée le 1er juillet 2025, sous forme de SARL au capital de 1 000 euros, sans effectif déclaré.
Le capital social compte autant que la date. Une garantie de bonne fin engage le monteur sur plusieurs années et sur des montants qui se comptent en centaines de milliers d'euros. Une structure au capital de 1 000 euros n'a matériellement pas les moyens de l'honorer sur ses fonds propres.
À titre de repère, deux opérateurs anciens de ce marché passent ce contrôle : Ecofip, immatriculée au Lamentin en Martinique le 28 janvier 2003 sous le SIREN 445 150 253, et Inter Invest Outre Mer, immatriculée à Paris le 15 décembre 1997 sous le SIREN 414 876 755. Nous les citons parce que leurs données sont vérifiables, pas parce que nous les recommandons : nous n'avons aucune relation commerciale avec l'un ou l'autre, et l'ancienneté ne garantit ni le rendement, ni la solidité d'un montage donné.
Ce que l'ancienneté ne dit pas : elle ne vous renseigne ni sur la qualité de l'exploitant calédonien qui louera le matériel, ni sur la réalité de l'agrément fiscal du programme, ni sur l'assureur qui porte la garantie de bonne fin.
Demandez ces trois éléments par écrit avant de signer, et faites relire le dossier par un conseil qui n'est pas le vendeur.
Contexte 2025-2026 : reconstruction post-2024 et aménagements de la loi de finances
Le dispositif reste ouvert en 2026, dans un contexte calédonien particulier. Les événements de 2024 ont durement touché le tissu économique du territoire, et la reconstruction mobilise des besoins massifs en matériel de chantier, en équipements industriels et en outils de production.
Ce contexte donne un relief nouveau au Girardin industriel 2026 : en finançant du matériel exploité localement, il participe directement à l'effort de relance. Nous suivons l'évolution du territoire dans notre point sur la situation post-émeutes de mai 2024.
Sur le plan des textes, la loi de finances 2026 a introduit des aménagements liés à cette reconstruction.
La loi du 14 février 2025 a relevé le taux de la réduction d'impôt pour les investissements réalisés en Nouvelle-Calédonie : 45,9 % pour un investissement productif direct, 52,95 % ou 54,36 % en schéma locatif selon le taux de rétrocession, et jusqu'à 63,42 % sur les énergies renouvelables. Ces valeurs figurent au barème BOI-BAREME-000020 et s'appliquent aux investissements réalisés à compter du 1er janvier 2025.
Le même texte ouvre le dispositif, jusqu'au 31 décembre 2027, à l'acquisition d'immeubles non résidentiels détruits entre mai et août 2024. Les taux et plafonds évoluant à chaque loi de finances, faites confirmer les paramètres applicables à votre année d'investissement par un monteur implanté sur le territoire.
Contenu informatif à visée pédagogique, sans valeur de conseil en investissement ni de conseil fiscal personnalisé. Les seuils, taux et plafonds évoluent chaque année : vérifiez les textes en vigueur et rapprochez-vous d'un monteur agréé ou d'un conseil indépendant avant toute décision.








