Le nickel en Nouvelle-Calédonie, c'est environ 90 % des exportations, trois usines métallurgiques et des milliers d'emplois. C'est aussi une filière en crise depuis 2024, maintenue à flot par l'État, dont l'avenir se discute en même temps que celui des institutions.
Le nickel dans l'économie de la Nouvelle-Calédonie en chiffres

L'archipel détient entre 20 et 25 % des ressources mondiales de nickel connues, jusqu'à 30 % selon certaines estimations. Le chiffre descend nettement si l'on ne compte que les réserves exploitablesaux prix et techniques actuels : autour de 5 % du total mondial. Les deux chiffres circulent et ne se contredisent pas. Le premier mesure ce que contient le sous-sol, le second ce qui est rentable à extraire aujourd'hui.
Ce qui ne fait pas débat, c'est le poids du métal dans l'économie locale. Le nickel, sous forme de minerai ou de produits métallurgiques (ferronickel, matte, hydroxyde), représente environ 90 % de la valeur des exportations. En année normale, la filière fait vivre près de 14 000 emplois directs et induits, sur un territoire de quelque 264 000 habitants. Les sous-traitants, transporteurs, bureaux d'études et commerces de Nouméa, de Koné ou de Thio dépendent de son carnet de commandes.
| Repère | Valeur | Source |
|---|---|---|
| Ressources mondiales de nickel | 20 à 25 % (jusqu'à 30 % selon les estimations) | Ifri, économistes |
| Réserves exploitables mondiales | environ 5 % | USGS, presse nationale |
| Part du nickel dans les exportations | environ 90 % | économistes, ISEE |
| Emplois directs et induits (hors crise) | près de 14 000 | presse nationale, 2026 |
| Salariés mine et métallurgie, fin mars 2026 | environ 4 500 (−1 900 en deux ans) | ISEE, août 2026 |
| Premier producteur mondial | Indonésie, plus de la moitié de l'offre | données de marché |
Le secteur a aussi une fiscalité à part : les sociétés minières et métallurgiques sont soumises à un taux d'impôt sur les sociétés de 35 %, plus élevé que le taux de droit commun, comme nous l'expliquons dans notre page sur l'impôt sur les sociétés en Nouvelle-Calédonie.
SLN, KNS, Prony : les trois usines de nickel et leur situation en 2026
Trois usines transforment le minerai sur place. Elles n'ont ni le même procédé, ni les mêmes actionnaires, ni le même rôle politique, et elles ne traversent pas la crise de la même façon.
| Usine | Lieu | Actionnaires | Situation en septembre 2026 |
|---|---|---|---|
| SLN (Doniambo) | Nouméa | Eramet 56 %, STCPI 34 %, Nippon Steel 10 % | En activité, pertes couvertes par l'État |
| KNS (usine du Nord) | Vavouto, Voh | SMSP 51 %, Glencore 49 % (sortie en cours) | En veille froide depuis fin août 2024 |
| Prony Resources (usine du Sud) | Goro, Yaté | Majorité calédonienne (51 %) depuis 2021 | En activité, sans repreneur, soutenue par l'État |
La SLN et l'usine de Doniambo à Nouméa

Fondée en 1880, la Société Le Nickelest la doyenne. Son usine de Doniambo, dont les cheminées dominent l'entrée de Nouméa, produit du ferronickel à partir du minerai de ses mines de Thio, Kouaoua, Népoui et Poro. Elle est déficitaire depuis 2012, et Eramet, son actionnaire majoritaire, ne finance plus ses pertes : c'est l'État qui les couvre depuis 2024.
L'accord Élysée-Oudinot a prolongé ce soutien, jusqu'à 28,6 milliards de francs (environ 240 millions d'euros) sous forme de prêt, pour une entreprise qui vise un retour à l'équilibre vers 2029-2030. Côté mines, la SLN a récupéré ses permis d'exploitation à Poum, à l'arrêt depuis 2023, et cherche à relever la teneur du minerai livré à Doniambo (2,1 % en 2025, 2,25 % visé en 2026). Au-dessus d'elle, Eramet prépare une augmentation de capital de 500 millions d'euros, et un consortium soutenu par Washington s'intéresse à la participation de la famille Duval dans le groupe (fin septembre 2026, rien n'est signé).
KNS, l'usine du Nord à Koniambo
Koniambo Nickel SAS, à Vavouto sur la commune de Voh, est née d'un choix politique : donner à la Province Nord sa propre usine. Le massif du Koniambo lui a été attribué par les accords de Bercy de 1998, préalable minier aux accords de Nouméa. La SMSP, bras industriel de la province, en détient 51 %, Glencore 49 %.
L'usine n'a jamais atteint sa capacité nominale de 60 000 tonnes par an. En février 2024, Glencore a annoncé qu'il cessait de la financer. Les fours ont été arrêtés fin août 2024 et environ 1 200 salariés licenciés. Une soixantaine de personnes entretiennent depuis le site en veille froide.
En mars 2026, le groupe chinois Lygend Resources & Technologya déposé une offre de rachat des parts de Glencore. En mai 2026, le PDG de la SMSP annonçait que Glencore céderait ses actions à la SMSP, qui détiendrait alors provisoirement 100 % de KNS avant de choisir un nouveau partenaire. La perspective d'un investisseur chinois dans une usine française du Pacifique fait débat, à Nouméa comme à Paris. À la date de cette mise à jour, aucune date de redémarrage n'est annoncée. Pour la vie sur place autour de Koné, voir notre guide pour vivre en Province Nord.
Prony Resources, l'usine du Sud à Goro
L'ancienne usine de Vale, dans le Grand Sud, utilise un procédé hydrométallurgique à l'acide sulfurique pour produire un hydroxyde de nickel et de cobalt destiné aux batteries. Une partie de sa production part chez Tesla. Reprise en 2021 par Prony Resources New Caledonia, avec 51 % de capital calédonien (provinces, salariés, populations locales), elle emploie environ 1 350 personnes.
Elle vit de prêts de l'État : 140 millions d'euros en mars 2024, puis 24 milliards de francs (environ 200 millions d'euros) dans l'accord Élysée-Oudinot. La flambée du prix du soufre, matière première de son acide, pèse sur ses comptes. En septembre 2026, New Battery Metals, seul candidat à la reprise, a renoncé à déposer une nouvelle offre sans fermer la porte, et l'État a annoncé un nouveau soutien financier dont le montant n'a pas été rendu public.
Les mineurs exportateurs et la NMC
À côté des trois usines, des sociétés minières exportent du minerai brut. La plus connue, la NMC(Nickel Mining Company, filiale de la SMSP), alimente une usine détenue avec le coréen Posco en Corée du Sud. D'autres mineurs privés vendent au Japon et en Chine. L'accord Élysée-Oudinot prévoit pour la NMC un soutien remboursable de court terme, selon les besoins et les engagements des actionnaires.
Emploi dans le nickel en Nouvelle-Calédonie : combien de salariés, quels métiers

Le nickel reste le premier employeur privé du territoire, même amputé. Selon l'ISEE, la seule métallurgie est passée d'environ 5 000 à 3 500 salariés entre 2023 et 2025, un chiffre que nous détaillons dans notre page emploi et salaires en Nouvelle-Calédonie. En ajoutant l'extraction, la filière « mine et métallurgie » comptait environ 4 500 salariés fin mars 2026, soit 1 900 de moins qu'il y a deux ans. L'emploi salarié total du territoire s'établissait alors à 77 640 postes.
Les métiers recherchés restent techniques : conducteurs d'engins, électromécaniciens, automaticiens, métallurgistes, géologues, ingénieurs procédés, spécialistes hygiène, sécurité et environnement. Les recrutements de métropolitains se font surtout sur les postes d'encadrement et d'expertise, souvent par les groupes eux-mêmes ou par des cabinets. La loi du pays sur l'emploi local donne la priorité, à compétences égales, aux candidats calédoniens, et la plupart des postes d'exécution sont pourvus sur place.
La production métallurgique a rebondi depuis le creux de 2024, et les exportations progressent en valeur. L'ISEE souligne toutefois que cette reprise ne règle ni la compétitivité ni la rentabilité des usines : le coût de l'énergie et les normes sociales et environnementales restent plus lourds qu'en Indonésie.
Crise du nickel en Nouvelle-Calédonie : causes et chronologie depuis 2024
La crise a commencé avant les émeutes. En quelques années, l'Indonésiea multiplié sa production grâce à des usines financées en grande partie par des capitaux chinois, alimentées par une électricité au charbon bon marché. Le cours du nickel au London Metal Exchange a perdu environ la moitié de sa valeur entre début 2023 et 2024. À ces prix, aucune des trois usines calédoniennes n'est rentable.
Le « pacte nickel » proposé par Bruno Le Maire en novembre 2023 devait aider à tenir : environ 200 millions d'euros par an de subvention à l'énergie, financés par l'État et les collectivités, contre des réformes, dont plus d'exportations de minerai brut. Une partie de la classe politique y a vu un renoncement à la transformation locale du minerai, et le texte n'a jamais été signé par tous. Les émeutes de mai 2024 ont ensuite frappé des sites miniers et désorganisé la production pendant des mois.
Crise du nickel : les dates clés depuis 2023
Novembre 2023
Le « pacte nickel » est proposé
L'État propose de subventionner l'énergie des trois usines en échange de réformes, dont un assouplissement des exportations de minerai brut. Le texte ne sera jamais signé par l'ensemble des partenaires calédoniens.
Février 2024
Glencore se retire de KNS
L'actionnaire à 49 % de l'usine du Nord annonce qu'il cesse de la financer. L'usine est mise en sommeil à chaud pour six mois, le temps de chercher un repreneur.
Mars 2024
Prêt de 140 millions d’euros à Prony Resources
L'État prête à l'usine du Sud de quoi éviter la cessation de paiements.
13 mai 2024
Début des émeutes
Des sites miniers de la SLN, à Kouaoua et Poro notamment, sont touchés. L'activité minière s'arrête sur plusieurs centres.
Fin août 2024
KNS licencie
Faute de repreneur, les fours de Vavouto sont arrêtés et environ 1 200 salariés sont licenciés.
19 janvier 2026
Accord Élysée-Oudinot
Le volet économique prévoit jusqu'à 28,6 milliards de francs pour la SLN et 24 milliards pour Prony Resources, plus un soutien remboursable pour la NMC.
Mars 2026
Offre de Lygend sur KNS
Le groupe chinois Lygend Resources & Technology dépose une offre de rachat sur les 49 % de Glencore.
Septembre 2026
Prony toujours sans repreneur
New Battery Metals, seul candidat, renonce à déposer une nouvelle offre. L'État annonce un soutien supplémentaire, sans en préciser le montant.
L'accord Élysée-Oudinot de janvier 2026 a remis de l'argent public dans la filière et annoncé une « stratégie nickel ». Les partenaires sociaux réclament depuis aux élus un accord sur son contenu. Le contexte politique et social de cette période est raconté dans notre page sur la situation depuis les émeutes de mai 2024.
Ce que la crise du nickel change pour un expatrié en Nouvelle-Calédonie
À Nouméa, on ne voit pas les mines. La crise de la filière se retrouve pourtant dans cinq aspects de la vie d'un expatrié.
- Emploi: l'industrie et les services liés à la mine (maintenance, transport, BTP, ingénierie) recrutent peu et licencient parfois. Un conjoint qui compte trouver sur place dans ces métiers doit s'attendre à chercher longtemps. Santé, enseignement et fonction publique restent les pistes les plus sûres.
- Province Nord: autour de Koné et de Voh, l'arrêt de KNS a fait partir des familles et fragilisé les commerces et sous-traitants. L'emploi du conjoint y est plus difficile à trouver qu'avant 2024.
- Contrat avant le départ: sur un poste lié au nickel, vérifiez qui est l'employeur réel (usine, sous-traitant, prestataire), la durée du contrat et ce qui est prévu si le site s'arrête.
- Finances publiques: moins d'activité minière, c'est moins de recettes fiscales et de cotisations pour les collectivités et la CAFAT, déjà sous tension. Nous suivons ces effets dans notre analyse du coût de la vie en Nouvelle-Calédonie.
- Actualité: les décisions sur KNS, la SLN ou Prony tombent vite. Les Nouvelles calédoniennes, NC la 1ère et le site de l'ISEE sont les sources à suivre.
Pollution et environnement : l'impact des mines de nickel sur le lagon

Le nickel calédonien se trouve dans des latérites, des sols rouges exploités en mines à ciel ouvert, au sommet des massifs. Pendant des décennies, les déblais ont été rejetés sur les pentes. Les creeks se chargent de sédiments à chaque forte pluie, et les cours d'eau virent au rouge jusqu'au lagon. Les surfaces dégradées par l'activité minière se comptaient déjà en dizaines de milliers d'hectares au milieu des années 2000.
Ce lagon est inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 2008, un classement que nous présentons dans notre page sur le lagon calédonien. Les travaux du CNRS ont montré que l'activité minière modifie jusqu'à la biodiversité microbienne des baies voisines, à Thio notamment. Les règles se sont durcies depuis le code minier de 2009 (gestion des eaux, revégétalisation), mais les anciens sites restent à traiter.
Les usines ont leurs propres risques. Dans le Sud, l'usine de Goro a connu plusieurs fuites d'effluents acides, dont celle de mai 2014, qui a causé une mortalité de poissons dans un creek de la baie Nord. Son parc à résidus était rempli à environ 80 %. Le projet Lucy, un investissement d'environ 600 millions de dollars entré en service en 2026, consiste à assécher ces résidus avant stockage pour réduire le risque de rupture ou de débordement. À Doniambo, les fumées d'une usine installée en pleine ville sont une préoccupation ancienne des habitants des quartiers voisins.
Nickel et avenir institutionnel de la Nouvelle-Calédonie
Depuis les accords de Matignon (1988) puis de Nouméa (1998), le nickel sert aussi un objectif politique : le rééquilibrage entre le Nord et le Sud. L'usine du Nord, contrôlée par la Province Nord à majorité indépendantiste, devait prouver que le Nord pouvait avoir son propre pôle industriel. La doctrine de la province, partagée par une partie des indépendantistes, veut que le minerai soit transformé sur place ou dans des usines dont les Calédoniens détiennent la majorité.
Ces choix ont pesé dans les crises récentes. En décembre 2020, la vente de l'usine du Sud par Vale a donné lieu à des blocages et à des violences, avant l'accord qui a fondé Prony Resources. Le pacte nickel de 2023, accusé par ses opposants de favoriser l'export de minerai brut, a nourri la défiance avant les émeutes de mai 2024. L'arrivée possible d'un investisseur chinois dans KNS relance la question de qui contrôle la ressource.
Le volet nickel de l'accord Élysée-Oudinot s'inscrit dans la suite de l'accord de Bougival, rejeté par le FLNKS. La compétence sur les mines reste un enjeu central de la répartition des pouvoirs entre l'État, le territoire et les provinces, que nous expliquons dans notre page sur le statut de la Nouvelle-Calédonie. Le nickel a aussi façonné le peuplement de l'archipel : travailleurs japonais, javanais, vietnamiens puis wallisiens sont venus pour ses mines, une histoire racontée dans notre page sur les communautés de Nouvelle-Calédonie.
Situation des usines et chiffres arrêtés à fin septembre 2026, d'après l'ISEE, les services de l'État en Nouvelle-Calédonie, NC la 1ère, Les Nouvelles calédoniennes et la presse nationale. La filière évolue vite : vérifiez l'actualité avant toute décision d'emploi ou d'installation.








