Le bougna est le plat traditionnel kanak : des tubercules, des bananes poingo et du poulet, du poisson ou du crabe, noyés de lait de coco, enveloppés dans des feuilles de bananier et cuits à l’étouffée. Sur les pierres chaudes d’un four creusé dans la terre, ou dans une marmite pour la version de tous les jours.
Réglez le nombre de convives : les quantités suivent.
La fiche recette, à vos quantités
Préparation 45 min à 1 h
Convives
- Poulet du pays en morceaux1,2 kg
- Igname700 g
- Manioc600 g
- Patate douce500 g
- Taro350 g
- Potiron300 g
- Bananes poingo3 bananes
- Noix de coco, pour le lait4 noix
- Oignons verts, persil, sel, poivreselon le goût
- Feuilles de bananier5 grandes feuilles
Cuisson : 1 h 30 à feu doux, à couvert
Le bougna de tous les jours : feuilles de bananier au fond et sur le dessus, couvercle fermé.
La recette pas à pas

La recette ci-dessous est celle du bougna poulet marmite telle qu’on la cuisine dans les familles calédoniennes. Elle nourrit 10 à 12 personnes, parce qu’un bougna se prépare rarement pour deux.
- Assouplir les feuilles. Passez les feuilles de bananier quelques secondes au-dessus d’une flamme. Elles foncent, deviennent souples et ne se déchirent plus au pliage.
- Préparer les légumes. Épluchez le manioc, les ignames, les patates douces, le taro, le potiron et les bananes poingo, puis coupez-les en gros morceaux de taille voisine pour qu’ils cuisent ensemble.
- Faire le lait de coco. Râpez la chair de 6 à 8 noix, mouillez-la d’un peu d’eau tiède et pressez-la à la main dans un linge. Le lait en boîte dépanne, mais le goût n’est pas le même.
- Monter le bougna. Tapissez la marmite de feuilles, puis alternez les couches : tubercules au fond, bananes et potiron, poulet, tomates, oignons verts et persil. Salez et poivrez à chaque étage.
- Arroser et fermer. Versez le lait de coco, rabattez les feuilles et posez le couvercle.
- Laisser cuire. Comptez 1 h 30 à feu doux, plus pour une grosse marmite. C’est prêt quand la pointe d’un couteau entre sans résistance dans l’igname.
Pour un four kanak, on monte plutôt un grand paquet : plusieurs épaisseurs de feuilles en croix au sol, les ingrédients au centre, le lait de coco en dernier, puis on referme et on ficelle avec des fibres ou des lanières de feuilles.
Le four kanak : la cuisson sur pierres chaudes

Le four kanak n’a rien d’un four. C’est un trou peu profond dans lequel on allume un feu avec des pierres. On le laisse brûler plusieurs heures, le temps que les pierres emmagasinent la chaleur, puis on retire les braises.
Les paquets se posent directement sur les pierres. On les couvre de feuilles de bananier, puis de sacs ou de terre, pour enfermer la chaleur. La cuisson dure ensuite 2 à 3 heures, sans qu’on y touche. La vapeur du lait de coco reste prisonnière des feuilles et fait tout le travail : la viande se détache, les tubercules fondent, et la fumée des pierres laisse un goût que la marmite ne donne pas.
C’est la raison pour laquelle le four kanak reste réservé aux grandes tablées. Allumer un feu de plusieurs heures pour quatre personnes n’a pas de sens. Pour un repas en famille, on fait un bougna marmite, et personne ne le considère comme un bougna au rabais.
Poulet, poisson, crabe, roussette : les variantes
La base ne bouge pas : tubercules, poingo, coco, feuilles de bananier. Ce qui change, c’est ce qu’on met au milieu, et cela dépend surtout de l’endroit où l’on vit.
| Bougna | Où on le mange | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| Poulet | Partout | La version la plus courante. Un poulet du pays, plus ferme, tient mieux la cuisson longue. |
| Poisson | Bord de mer, Îles Loyauté | En darnes épaisses, posées sur le dessus pour ne pas se défaire. Cuisson plus courte. |
| Crabe | Côte ouest, zones de mangrove | Crabe de palétuvier coupé en morceaux, avec sa carapace, qui parfume le lait de coco. |
| Roussette | En tribu, en avril | Chasse limitée aux week-ends d’avril, vente et achat interdits : jamais au restaurant. |
La roussette, grande chauve-souris frugivore, mérite une précision parce qu’on la cherche souvent. Les trois provinces ouvrent sa chasse les samedis et dimanches d’avril seulement, avec un quota de 5 roussettes par chasseur et par jour. En Province Sud, leur commerce est interdit toute l’année et les amendes montent jusqu’à 7 159 000 francs. Un bougna ou un civet de roussette se partage donc en famille, au retour de la chasse. Si un restaurant vous en propose, il est hors la loi.
On croise aussi du bougna de pigeon, et du cerf dans l’intérieur de la Grande Terre. Pour le reste de la table calédonienne, du cerf au poisson cru, voyez notre page sur la gastronomie calédonienne.
Un plat de coutume avant d’être un plat de restaurant
Le bougna est le plat des grandes occasions : mariages, deuils, naissances, cérémonies où les clans se rencontrent. On ne le prépare pas seul. Chaque famille apporte sa part, ignames, cocos, volailles, et le montage des paquets rassemble plusieurs générations autour de la fosse.
L’igname y tient une place à part. Dans le monde kanak, elle rythme le calendrier et se donne lors des échanges coutumiers. À Lifou, la fête de l’igname de Lössi s’achève sur un bougna géant partagé entre tous. Pour comprendre ce qui se joue dans ces échanges, lisez notre page sur la coutume kanak.
Si l’on vous accueille en tribu, l’usage veut qu’on fasse d’abord la coutume : un manou, coupon de tissu, souvent accompagné d’un petit billet, remis avec quelques mots pour se présenter. Un gîte en tribu vous dira comment faire.
Où manger un bougna
Première règle, valable partout : un bougna se commande au moins 24 heures à l’avance. Personne ne le prépare à la minute, et un restaurant qui l’affiche à la carte sans délai sert, au mieux, un bougna marmite réchauffé.
- C’est en accueil en tribu qu’il a le plus de sens. Sur la côte est, autour de Hienghène et de Poindimié, à Canala, et aux Îles Loyauté, à Lifou, Maré et Ouvéa, où les gîtes le proposent avec la nuitée.
- Plusieurs lodges et tables d’hôtes de brousse le servent sur réservation, par exemple à La Foa ou à Hienghène.
- La Foire de Bourail en propose chaque année mi-août, à l’hippodrome de Téné. En 2026, la 48e édition s’est tenue du 14 au 16 août.
- À Maré, la fête du Wailu se tient fin juillet à la tribu de Hnawayac.
Pour caser une nuit en tribu dans un séjour, notre itinéraire de deux semaines prévoit les étapes où c’est possible.
Recette et quantités tirées d’une recette familiale calédonienne publiée par recettes.nc ; elles varient d’une famille et d’une île à l’autre. Règles de chasse à la roussette d’après la Province Nord et la Province Sud, saison 2025 ; vérifiez l’arrêté de l’année avant toute sortie. Dates de la Foire de Bourail d’après son organisateur.








